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La sauvegarde des plantes sauvages utiles en Afrique de l'Ouest

Les plants sont repiqués dans les champs ou les jardins (© Moctar Sacandé)
Les plants sont repiqués dans les champs ou les jardins
© Moctar Sacandé

Avec sa silhouette unique qui le distingue de tous les autres arbres, le baobab (Adansonia digitata), aussi appelé « arbre à l'envers », a la capacité de stocker jusqu'à 120 000 litres d'eau dans son tronc épais, ce qui lui permet de supporter les conditions de vie extrêmes dans les pâturages semi-arides et les savanes du Sahel. Les populations locales apprécient particulièrement cet arbre pour les nombreuses ressources qu'il offre : son écorce est utilisée pour les fibres et à des fins médicinales, ses feuilles servent à faire de la soupe et ses fruits (appelés « pains de singe ») sont hautement nutritifs. Les sécheresses prolongées, les feux de brousse et la surexploitation qui affectent la région ont toutefois entrainé une disparition progressive des baobabs et d'autres plantes utiles.

Le Millennium Seed Bank partnership (MSBP) a pour principal objectif, notamment dans les zones sahéliennes du Burkina Faso et du Mali, de protéger les espèces sauvages en développant les capacités de conservation ex situ de ses partenaires nationaux et en aidant les communautés locales à utiliser ces espèces de manière durable et à les propager. Après avoir sélectionné les espèces sauvages particulières qu'elles souhaitent cultiver, les communautés sont formées à des techniques spécifiques de germination, notamment par les levées de dormance tégumentaire de la semence, ainsi qu'à la manière de prendre soin des plantules. Celles-ci sont ensuite plantées dans les champs et les jardins, afin d'éviter la surexploitation de ces espèces dans leur habitat naturel.

Un succès rapide

Parmi les espèces d'arbres choisies par les agriculteurs pour améliorer la qualité des sols et réduire l'érosion, et utiles à leurs moyens d'existence, l'on retrouve l'acacia, le baobab et le néré (Parkia biglobosa). Ces arbres fournissent également des produits non-ligneux, notamment des fruits et du fourrage. « Il n'est pas nécessaire de démontrer les avantages qu'il y a à planter des arbres », explique le Dr Moctar Sacandé, Coordinateur de projets internationaux en Afrique pour le MSBP. « Les communautés connaissent déjà ces avantages. Nous sommes juste là pour leur offrir un approvisionnement durable en semences de bonne qualité et en matériel agricole, ainsi que des connaissances en matière de techniques de propagation. Ceci permet aux agriculteurs de ne pas dépendre de la régénération naturelle ». Les collections de semences servent aussi à promouvoir la culture d'espèces sauvages d'arbres nourriciers et fruitiers, et deviennent ainsi des outils pour améliorer la nutrition.

Les communautés sont formées à des techniques spécifiques de germination (© Moctar Sacandé)
Les communautés sont formées à des techniques spécifiques de germination
© Moctar Sacandé

Au Burkina Faso, le MSBP a participé au soutien des activités du Centre National de Semences Forestières (CNSF). Ce dernier aide les agriculteurs à réhabiliter leurs terres et préserver le Sahel, en plantant des herbes de haute taille, comme l' Andropogon gayanus, qui réduit le ruissellement des eaux et prévient l'érosion des sols. En plus de diminuer considérablement les risques de feux de brousse dans la région à travers leur culture, les herbes servent aussi de chaume et de fourrage. Ce projet a connu un tel succès que les Ministères de l'Environnement et de l'Agriculture burkinabés soutiennent et financent aujourd'hui le CNSF en vue de l'extension de ses activités dans la région.

Les vertus de la collaboration

Les chercheurs des Jardins botaniques royaux de Kew ont formé des scientifiques du CNSF et du Centre Régional de Recherche Agronomique au Mali (CRRA Sikasso/IER) aux divers aspects de la conservation des semences : récolte des semences d'espèces sauvages, stockage, germination et gestion des informations. « La formation est fondamentale. Les choses ne peuvent évoluer que si l'on dispose du savoir, et le savoir s'acquiert par la formation. Je peux réellement voir la différence par après », constate Sacandé. Les chercheurs de Kew ont également participé dans chacun des deux pays à l'identification des priorités nationales en matière de recherche sur les semences et à l'établissement de programmes de conservation à long terme. Autres réalisations découlant de cette collaboration, Kew a été en mesure de soutenir la création au Mali de la première banque de semences forestières ainsi que de l'herbier national à Sikasso.

Selon Sacandé, la collaboration entre le Burkina Faso et le Mali s'avère être une véritable réussite. Le partage de l'information et la tenue d'expéditions conjointes de récoltes ont permis aux deux pays d'éviter les doublons dans leurs collections et d'augmenter leur efficacité. Par ailleurs, une partie des collections de semences du Mali a été confiée en fidéicommis au CNSF, de manière à répartir les risques de perte de ce précieux matériel. Grâce à cette collaboration, près de 2000 espèces sauvages ont été récoltées et intégrées dans les banques de semences, et les deux herbiers ont atteint les normes internationales.

Répondre aux besoins

Désormais reconnus comme des centres spécialisés, les banques de semences du Burkina et du Mali sont en mesure de fournir des semences d'arbres et d'herbes d'espèces spontanées parfaitement adaptées en réponse aux demandes croissantes des administrations publiques et des ONG dans le cadre de la lutte contre la désertification et pour le reverdissement du Sahel. « Les gouvernements ont approuvé ce programme, et la politique de recours à des espèces locales a réellement été consolidée », rapporte Sacandé. « Ils sont maintenant plus décidés que jamais à avoir recours à des espèces spontanées parce qu'ils disposent des banques de semences ».

Cirilus est l'une des variétés utiles multipliée par voie végétative au Mali (Moctar Sacandé)
Cirilus est l'une des variétés utiles multipliée par voie végétative au Mali
Moctar Sacandé

Le MSBP diffuse son expertise en matière de développement de banques de semences et de techniques de conservation, de propagation et de domestication des plantes sauvages dans toute l'Afrique de l'Ouest; ses partenaires sont localisés au Bénin, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Ghana, en Guinée, au Niger, au Nigéria et au Togo, et l'objectif est d'étendre les activités pour couvrir tant l'agriculture que la foresterie. « Les communautés africaines sont très dépendantes d'une grande variété de produits et services forestiers utiles, qui sont actuellement surexploités ; la domestication et la culture de ces variétés forestières est par conséquent une nécessité pour répondre aux besoins des populations et assurer la conservation des espèces », explique Sacandé. « Les connaissances scientifiques acquises sur ces semences permettent de résoudre des problèmes techniques liés à la propagation des plantes sauvages, et permettent ainsi aux communautés locales de jouir de la disponibilité des espèces locales utiles ».

Et Sacandé de conclure : « Répondre aux demandes et aux besoins des communautés est au cœur de ce programme. Nous avons besoin de plantes en quantité suffisante tant pour renouveler notre atmosphère que pour fournir nourriture et produits naturels à nos populations. En mettant en banque plus d'espèces spontanées et en apprenant comment en assurer la régénération, nous serons plus à même de faire face aux changements climatiques ».

Avec la collaboration de: Dr Moctar Sacandé, Coordinateur de projets internationaux en Afrique pour le MSBP

Date de publication: avril 2012

 

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